- I. Marie préserve de l'enfer ceux qui l'honorent
Il est impossible qu'un serviteur de Marie se damne, pourvu qu'il la serve fidèlement et qu'il se recommende à elle. - A première vue, cette proposition paraîtra peut-être à quelques-uns bien hasardée ; mais je le prierai de ne pas la condamner, avant d'avoir lu les éclaircissements que je vais y donner.
Quand nous disons qu'il est impossible qu'un serviteur de la sainte Vierge se damne, cela ne s'étend point de ceux qui se prévalent de leur dévotion pour pécher avec plus de sécurité. C'est donc bien à tort, ce nous semble, que l'on nous blâme de tant exalter la miséricorde de Marie envers les pécheurs, sous prétexte que ces malheureux s'en autorisent pour pécher plus librement ; car nous disons que de tels présomptueux, par leur téméraire confiance, se rendent dignes de châtiment, et non de miséricorde. Ainsi, les pécheurs, dont il est ici question, sont ceux qui, au désir de s'amender, joignent la fidélité à servir et à invoquer la Mère de Dieu.
Pour ceux-ci, je le soutiens, il est moralement impossible qu'ils se perdent ; et je trouve que ce sentiment est aussi celui du Père Crasset, et, avant lui , de Vega, de Mendoza, ainsi que d'autres théologiens. Mais, pour nous assurer qu'ils n'ont point parlé au hasard, voyons quel est sur ce point l'enseignement des docteurs et des saints. Que l'on ne s'étonne pas, si plusieurs de mes citations sont uniformes ; j'ai voulu les enregistrer toutes, afin de démontrer combien les auteurs sont d'accord sur cette question.
LES GLOIRES DE MARIE
LES GLOIRES DE MARIE
EXEMPLE
En 1604, dans une ville de Belgique, se trouvaient deux jeunes étudiants qui, au lieu de s'appliquer à l'étude, ne pensaient qu'à vivre dans les plaisirs et la débauche. Une nuit entre autres, ils se rendirent chez une femme de mauvaise vie ; mais l'un se retira au bout de quelque temps ; l'autre resta. Arrivé dans sa demeure, le premier se déshabillait pour se mettre au lit, quand il se ressouvint de n'avoir pas récité ce jour-là les quelques Ave Maria qu'il avait coutume de dire en l'honneur de la sainte Vierge. Comme il était accablé de sommeil, cet acte religieux lui coûtait ; néanmoins, il fit un effort sur lui-même et s'en acquitta, quoique sans dévotion et presque en dormant ; ensuite, il se coucha.
Dans son premier sommeil, il entend tout à coup frapper rudement à la port; et, immédiatement après, la porte restant fermée, il voit devant lui son compagnon tout défiguré et tout hideux. "Qui es-tu ?" lui dit-il. "Eh quoi ! ne me reconnais-tu pas ?" répond le fantôme. " Mais, comment se fait-il que tu sois si changé ? tu ressembles à un démon ! - Ah ! plains-moi, je suis damné ! - Comment cela ? - Sache qu'au sortir de cette maison infâme, un démon s'est jeté sur moi et m'a étranglé. Mon corps est demeuré au milieu de la rue, et mon âme est en enfer. Sache en outre que le même chatiment t'attendait ; mais la bienheureuse Vierge t'en a préservé, grâce au faible hommage que tu lui rends, en récitant des Ave Maria. Heureux, si tu sais profiter de cet avis que te fait donner par moi la Mère de Dieu " ! Cela dit, le réprouvé entr'ouvrit son vêtement, laissa voir les flammes et les serpents qui le tourmentaient, et disparut.
Alors le jeune homme, fondant ne larmes, se jeta la face contre terre pour remercier Marie, sa libératrice ; et, pendant qu'il réfléchissait à la manière dont il devait dorénavant régler sa vie, il entendit sonner matines au couvent des Franciscains. A l'instant même, il s'écria : " C'est là que Dieu m'appelle à faire pénitence ". Il partit sur l'heure pour aller au couvent prier les pères de le recevoir. Ceux-ci connaissant sa mauvaise vie, faisaient difficulté ; mais il leur raconta, en versant un torrent de larmes tout ce qui s'était passé ; et deux des religieux, s'étant rendus dans la rue indiquée, y trouvèrent en effet le cadavre de son malheureux compagnon, noir comme un charbon. Après cela, le protégé de Marie fut reçu et passa le reste de sa vie dans l'exercice de la pénitence.
La mort funeste du jeune libertin fut encore utile à un autre jeune homme nommé Richard, qui en avait été témoin oculaire. Il en fut si vivement frappé, bien que sa conduite fût déjà exemplaire, qu'il se décida, lui aussi, à entrer chez les Récollets. Il alla dans la suite prêcher la foi aux Indes, et passa enfin au Japon, où il eut le bonheur de mourir martyr de Jésus-Christ. Il fut brûlé vif.
PRIÈRE
O Marie, ô ma Mère bien-aimée, dans quel abîme de maux ne me trouverais-je pas plongé, si votre main miséricordieuse ne m'en avait tant de fois préservé ! Depuis combien d'années ne serais-je pas même en enfer, si vos prières toutes-puissantes ne m'avaient délivré ! Mes péchés graves m'y poussaient, la justice divine m'y avaient déjà condamné, les démons frémissants, brûlaient d'exécuter la sentence ; vous êtes accourue à mon secours, ô Mère, sans que je vous eusse même priée, sans que je vous eusse invoquée et vous m'avez sauvé.
O ma chère libératrice, que pourrai-je jamais vous rendre pour un si grand bienfait, pour une si grande charité ? Après cela, vous avez vaincu la dureté de mon coeur, vous m'avez amené à vous aimer et à prendre confiance en vous. Et dans quels précipices ne serais-je pas encore tombé depuis, si votre main miséricordieuse ne m'avait tant de fois soutenu dans les périls imminents que j'ai courus !
Continuez, ô mon espérance, continuez de me présevcer de l'enfer, et avant tout, des péchés dansd lesquels je pourrais retomber ; ne permettez pas que j'aille vous maudire en enfer. Ma bien-aimée Souveraine, je vous aime ; comment votre bonté pourrait-elle souffrir de voir au nombre des réprouvés un serviteur qui vous aime ? Ah ! obtenez-moi de n'être plus ingrat envers vous et envers mon Dieu, qui, par amour pour vous, m'a comblé de tant de grâces.
O Marie, que me dites-vous ? serai-je damné ? Je me damnerais, si je vous abandonnais ; mais pourrai-je encore vous abandonner ? pourrai-je encore oublier l'affection que vous m'avez témoignée ? Après Dieu, vous êtes l'amour de mon âme, je ne saurais plus vivre sans vous aimer. Je vous aime, oui, je vous aime, et j'espère vous aimer toujours, dans le temps et dans l'éternité, ô Créature la plus belle, la plus sainte, la plus douce, la plus aimable, qui soit au monde ! Amen.


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