Les Gloires de Marie, de Saint Alphonse de Liguori
Que doit donc faire celui qui a le malheur de se trouver dans l'inimitié de Dieu ? - Il faut qu'il cherche un médiateur, qui lui obtienne son pardon et lui fasse recouver la divine amitié qu'il a perdue. " Console-toi, pauvre pécheur qui a perdu la grâce de Dieu, dit saint Bernard ; ce Dieu lui-même t'a donné un Médiateur dans la personne de son propre Fils Jésus, lequel peut t'obtenir tout ce que tu désires. "
EXEMPLE
L'histoire qu'on va lire est rapportée par Alain de la Roche et Bonifacius. Il y avait à Florence une jeune fille nommée Benoîte (Bénie), mais qui méritait bien plutôt le nom de maudite par la vie scandaleuse qu'elle menait. Par bonheur pour elle, saint Dominique vint prêcher dans cette ville. Elle alla un jour l'entendre par pure curiosité ; mais Dieu lui toucha le coeur par le moyen de ce sermon, tellement que, fondant en larmes, elle alla se confesser au Saint. Celui-ci l'entendit, lui donna l'absolution, et lui imposa pour pénitence la récitation du rosaire.
Mais bientôt, entrainée par la force de l'habitude, la malheureuse retomba dans ses désordres. Saint Dominique l'apprit, il alla trouver, et obtint qu'elle se confessât de nouveau. De son côté, afin de l'affermir dans le bien, Dieu lui fit voir un jour l'enfer, lui montra ceux qui, à cause d'elle, s'étaient déjà damnés, et la força ensuite de lire, dans un livre ouvert devant ses yeux, l'épouvantable série de ses péchés. A cette vue, la pénitente fut saisie d'horreur ; mais, pleine de confiance en la sainte Vierge, elle invoqua son secours, et comprit que cette miséricordieuse Mère lui obtenait du Seigneur le temps nécessaire pour pleurer ses énormes excès.
La vision finit là, et Benoîte se mit dès lors à vivre d'une manière exemplaire ; mais, ayant sans cesse devant les yeux l'affreux dossier qui lui avait été montré, elle adressa un jour cette prière à sa douce Consolatrice : " Ma mère, je le confesse, en punition de mes crimes, je devrais être maintenant au fond de l'enfer ; mais, puisque vous m'avez obtenu le temps de faire pénitence, ô Reine compatissante, je vous demande encore une grâce : je ne veux jamais cesser de pleurer mes péchés ; mais faites qu'ils soient effacés de ce livre ".
Marie entendit sa prière, lui apparut et lui dit que, pour obtenir ce qu'elle désirait, elle ne devait jamais perdre de vue le souvenir de ses péchés et de la miséricorde avec laquelle Dieu l'avait traitée ; elle devait penser sans cesse à la passion soufferte par Jésus pour l'amour d'elle, et considérer combien de malheureux étaient damnés pour des fautes moins nombreuses que les siennes ; elle lui révéla en même temps que, ce jour-là, un enfant de huit ans devait être précipité en enfer pour un seul péché. - Benoîte ayant obéi fidèlement à la très sainte Vierge, Notre-Seigneur daigna un jour lui apparaître lui-même, et lui montrant le livre tant redouté, il lui dit : " Voici que tes péchés sont effacés, le livre est blanc ; écris-y maintenant des actes d'amour et de vertu ". C'est ce que fît Benoîte, et elle mena depuis une vie sainte, qui fut couronnée par une sainte mort.
PRIÈRE
A la vérité, si je ne voyais que mes innombrables péchés, j'aurais lieu de douter de votre disposition à me défendre, mais quand je pense à votre immense miséricorde, et à l'extrême désir qui anime votre bon coeur, de secourir les pécheurs les plus désespérés, je ne saurais non plus m'arrêter à cette crainte-là. Et qui jamais s'est perdu, après avoir eu recours à vous ? Je vous appelle donc à mon secours, ô Marie, ma puissante Avocate, mon refuge, mon espérance et ma Mère ; je remet entre vos mains la cause de mon salut éternel ; je vous confie mon âme : elle était perdue, mais c'est à vous de la sauver. Je rends de continuelles actions de grâces au Seigneur qui me donne une si grande confiance en vous ; car je le sens : nonobstant mon indignité, cette confiance m'assure de mon salut.
Une seule crainte me reste et m'afflige, ô ma bien-aimée Reine, c'est que je vienne à perdre un jour, par ma négligence, cette confiance en vous. Je vous en supplie donc, ô Marie, par tout l'amour que vous portez à votre Jésus, conservez et augmentez sans cesse en moi l'heureuse confiance en vos prières par lesquelles j'espère avec certitude récupérer l'amitié divine. Cette amitié, je l'ai fortement méprisée et perdue par le passé ; mais, une fois recouvrée, j'espère la conserver par votre secours ; et ainsi, je l'espère encore, un jour enfin j'irai en paradis vous remercier et chanter les miséricordes de Dieu et les vôtres pendant toute l'éternité. Amen. Tel est mon espoir. Puisse-t-il être rempli ! Il le sera.


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